Pendant longtemps, la cyber sécurité est restée un sujet secondaire dans les décisions d’investissement. Lors d’une levée de fonds, l’attention se portait avant tout sur la croissance, le marché ou
Idées principales de cet article :
La cyber sécurité devient un critère d’investissement
NIS2 transforme le risque cyber en enjeu réglementaire
Les investisseurs ne peuvent plus ignorer ce risque
La cyber impacte directement la valorisation
La gouvernance cyber est scrutée par les fonds
Les scale-ups sont particulièrement exposées
L’argument “on verra plus tard” ne fonctionne plus
La cyber devient un signal de maturité managériale
Les investisseurs attendent des plans d’action concrets
La cyber sécurité renforce la confiance en levée de fonds
L’entrée en vigueur de la directive NIS2 marque un tournant majeur dans l’approche européenne de la cybersécurité. Avec un périmètre élargi touchant désormais entre 15 000 et 18 000 entreprises en France contre environ 500 auparavant, cette réglementation transforme radicalement les enjeux de conformité et, par extension, les critères d’évaluation des investisseurs. Dans un contexte où 47% des entreprises françaises ont subi au moins une cyberattaque majeure en 2025, la due diligence en matière de cyber-sécurité n’est plus une option, mais une nécessité stratégique pour tout investisseur avisé.
La directive européenne NIS2 élargit considérablement le nombre d’entreprises soumises à des obligations renforcées en matière de cyber sécurité. En France, on estime que 15 000 à 18 000 organisations sont désormais concernées.
Pour mieux refléter la diversité des situations, NIS2 distingue deux grandes catégories d’entités.
Il s’agit d’organisations dont l’activité est jugée critique pour le fonctionnement de l’économie et de la société. Une défaillance cyber dans ces structures pourrait avoir des conséquences majeures à l’échelle nationale ou européenne.
On y retrouve notamment :
énergie, transports, eau
santé
infrastructures numériques
certaines administrations et services publics
acteurs clés de l’économie et de l’industrie
👉 Ces entités sont soumises à un niveau d’exigence élevé, avec des contrôles renforcés et des sanctions potentiellement importantes.
Cette catégorie regroupe des entreprises dont l’activité est stratégique, sans être considérée comme vitale au sens strict, mais dont une cyberattaque pourrait tout de même avoir un impact significatif.
Elle inclut notamment :
de nombreuses PME et ETI
des entreprises industrielles
des acteurs du numérique, du SaaS, de la logistique, des services
des entreprises en forte croissance ou intégrées à des chaînes de valeur critiques
👉 Les obligations sont réelles, même si le niveau de contrôle est en principe moins strict que pour les entités essentielles.

La directive NIS2 introduit une innovation majeure : la responsabilité personnelle des dirigeants. Les instances dirigeantes sont désormais directement imputables de la mise en œuvre et de la supervision des mesures de cybersécurité. Cette responsabilisation au plus haut niveau de l’entreprise transforme la cyber-sécurité d’une question technique en enjeu de gouvernance stratégique.
« La cybersécurité ne peut plus être traitée comme un chantier ponctuel déclenché après chaque crise » — Analyse des cyberattaques 2025 Les entreprises concernées doivent notamment :
Mettre en place une gestion des risques cyber pilotée par la direction
Notifier les incidents significatifs à l’ANSSI dans un délai de 24 heures
Assurer la continuité d’activité et la sécurité des communications
Sécuriser leur chaîne d’approvisionnement numérique
Suivre une formation obligatoire en cybersécurité pour les dirigeants
La Due Diligence Cyber : Un Impératif pour les Investisseurs en 2026
Dans le contexte actuel, les investisseurs — qu’il s’agisse de fonds de private equity, de capital-risque ou d’acquéreurs stratégiques — font face à une équation complexe. Une entreprise non conforme à NIS2 représente un risque financier direct et mesurable, pouvant se traduire par :
Des sanctions réglementaires massives : Les amendes peuvent atteindre 10 millions d’euros ou 2% du chiffre d’affaires mondial, impactant directement la valorisation et la rentabilité de l’investissement.
Des coûts de mise en conformité post-acquisition : L’implémentation tardive de mesures de cybersécurité peut nécessiter des investissements substantiels non anticipés, réduisant le retour sur investissement.
Des risques opérationnels et réputationnels : Une cyberattaque réussie peut paralyser l’activité pendant plusieurs semaines.
En 2025, des entreprises comme Mondial Relay, La Poste, Leroy Merlin et MédecinDirect ont été victimes d’incidents majeurs, illustrant la vulnérabilité généralisée du tissu économique français.
📊 35% des incidents en France – Cyberattaques via les tiers
Pour les investisseurs opérant en 2026, une due diligence cyber complète doit intégrer plusieurs dimensions :
1. Évaluation du statut réglementaire : Déterminer si la cible est soumise à NIS2 (entité essentielle ou importante) et évaluer son niveau de conformité actuel.
2. Audit des mesures techniques : Analyser l’infrastructure de sécurité (antivirus, pare-feu, authentification multi-facteurs, chiffrement, sauvegardes), les processus de gestion des vulnérabilités et les capacités de détection des menaces.
3. Analyse de la gouvernance cyber : Vérifier l’existence d’une politique de sécurité formalisée, l’implication du comité de direction, la formation des équipes et la présence d’un responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI).
4. Revue de la chaîne d’approvisionnement numérique : Identifier les prestataires IT critiques et évaluer leurs propres niveaux de conformité. Le Baromètre CESIN 2026 révèle que 35% des cyberattaques en France proviennent de compromissions de tiers, un chiffre qui monte à 43% pour les grandes entreprises.
5. Historique des incidents : Examiner les incidents de sécurité passés, les notifications aux autorités et les mesures correctives mises en œuvre.
6. Évaluation des coûts de mise en conformité : Quantifier les investissements nécessaires pour atteindre la conformité NIS2 et intégrer ces coûts dans la modélisation financière de l’acquisition.
Les statistiques 2025-2026 dressent un tableau sans équivoque de l’ampleur de la menace cyber :
200 millions de dollars – Coût moyen des incidents de cybersécurité En France, le coût des cyberattaques réussies sur les organisations a atteint 2 milliards d’euros en 2022, un chiffre qui continue de progresser.
L’ANSSI a traité 4 386 événements de sécurité en 2024, soit une augmentation de 15% par rapport à 2023. Ces incidents ne sont plus des cas isolés, mais une réalité statistique que tout investisseur doit intégrer dans son analyse de risque.
On se rappelle encore de ces actualités toutes récentes :
La Fédération française de tennis a subi une cyberattaque début janvier 2026, les données personnelles de plus de 1,2 million de licenciés sont potentiellement concernés (src. Ouest France)
Le 23 janvier 2026, Piratage de la Fédération Française de golf, 450 000 profils de licenciés récupérés pour être revendus. (src. BFM Business)
La poste et la banque postale ont également été victime d’une cyberattaque (src. La tribune)
Un aspect souvent sous-estimé concerne l’effet domino des cyberattaques sur la chaîne d’approvisionnement. L’attaque contre Coaxis en 2024 illustre parfaitement ce phénomène : plus de 1 000 cabinets comptables ont été affectés, impactant par ricochet près de 350 000 entreprises clientes.
De même, la vulnérabilité MOVEit Transfer exploitée en mai 2023 a compromis plus de 2 700 organisations et affecté 93,3 millions d’individus, avec un impact financier estimé entre 9,93 et 15,8 milliards de dollars.
En France, Pôle emploi a vu jusqu’à 10 millions de personnes potentiellement impactées. Particularité notable : près des deux tiers des victimes étaient en aval, impactées car le fournisseur de leur fournisseur utilisait MOVEit.
Cette réalité impose aux investisseurs d’élargir leur périmètre d’analyse bien au-delà de la cible d’acquisition elle-même, pour englober l’ensemble de son écosystème numérique.
Au-Delà de la Conformité : La Cyber-Résilience Comme Levier de Valeur
Pour les investisseurs visionnaires, NIS2 ne représente pas uniquement une contrainte réglementaire, mais une opportunité de différenciation. Les entreprises qui anticipent et dépassent les exigences minimales de la directive développent un avantage concurrentiel mesurable : Réduction du coût du risque : Une posture cyber robuste diminue les primes d’assurance cyber, qui ont considérablement augmenté ces dernières années. Les assureurs exigent désormais des garanties strictes (MFA, EDR, sauvegardes, gestion des vulnérabilités) avant de couvrir ou d’indemniser.
Différenciation commerciale : Dans les appels d’offres B2B, la conformité NIS2 et la certification ISO 27001 deviennent des critères de sélection déterminants. Les clients finaux, eux-mêmes soumis à des obligations de sécurisation de leur supply chain, privilégient les fournisseurs démontrables conformes.
Valorisation supérieure : Les entreprises dotées d’une gouvernance cyber mature et de certifications reconnues obtiennent des multiples de valorisation plus élevés lors des transactions. En 2026, les acheteurs justifient les prix premium en démontrant que les flux de trésorerie projetés, le potentiel de croissance et les avantages stratégiques supportent réellement les multiples élevés.
Paradoxalement, NIS2 crée également des opportunités d’investissement significatives dans plusieurs domaines :
Les solutions de cybersécurité : Le marché français de la cybersécurité connaît une croissance soutenue. La start-up italienne Exein, qui protège plus de 1,5 milliard d’appareils dans des secteurs critiques grâce à l’IA, a levé 100 millions d’euros en décembre 2025. (src. Les Echos)
illustrant l’appétit des investisseurs pour ce secteur. Les services de conseil et d’audit : Les entreprises ont besoin d’accompagnement pour atteindre la conformité.
Le marché des services de conseil en sécurité connaît une expansion rapide, porté par la multiplication des réglementations (NIS2, DORA, RGPD, AI Act).
Les solutions SaaS conformes : Les éditeurs de logiciels et plateformes cloud qui intègrent nativement les exigences NIS2 bénéficient d’un avantage compétitif déterminant.
Les acquisitions dans le secteur des vertical SaaS (health-tech, legal-tech, fintech) restent particulièrement attractives.
NIS2 s’applique aux entités opérant dans 18 secteurs critiques (énergie, transports, santé, finance, numérique, agroalimentaire, etc.) dès qu’elles dépassent 50 employés ou 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cela représente entre 15 000 et 18 000 entreprises en France, contre environ 500 sous NIS1. Même les entreprises non directement concernées peuvent être impactées si elles fournissent des services à des entités régulées.
Une due diligence cyber complète doit examiner : le statut réglementaire de la cible, l’infrastructure de sécurité technique, la gouvernance et les politiques cyber, l’historique des incidents, la conformité de la chaîne d’approvisionnement, et les coûts de mise en conformité. Il est recommandé de faire appel à des experts en cybersécurité pour réaliser des audits techniques approfondis et des tests d’intrusion.
Les entités essentielles s’exposent à des amendes pouvant atteindre 10 millions d’euros ou 2% du chiffre d’affaires mondial (le montant le plus élevé étant retenu). Pour les entités importantes, les sanctions peuvent aller jusqu’à 7 millions d’euros ou 1,4% du CA mondial. Au-delà des amendes, la responsabilité personnelle des dirigeants peut être engagée.
NIS2 n’impose pas formellement une certification ISO 27001, mais exige que les mesures mises en œuvre correspondent à « l’état de l’art ». En pratique, la certification ISO 27001 (ou TISAX pour l’automobile) constitue le moyen le plus fiable de démontrer la conformité aux autorités et aux clients. De nombreuses entreprises optent pour cette certification pour sécuriser leur position commerciale et rassurer leurs partenaires.
📊 15 000 à 18 000 entreprises françaises concernées par NIS2, contre 500 sous NIS1 (Source : ANSSI 2026)
💰 10 millions d’euros ou 2% du CA mondial : montant maximal des amendes pour les entités essentielles (Source : Directive NIS2)
🎯 35% des cyberattaques en France proviennent de compromissions de tiers (43% pour les grandes entreprises) (Source : Baromètre CESIN 2026)
🔒 47% des entreprises françaises ont subi au moins une cyberattaque majeure en 2025 (Source : Études cybersécurité 2025)
L’entrée en vigueur de la directive NIS2 redéfinit en profondeur les standards de la due diligence pour les investisseurs. Dans un environnement où les cyberattaques se multiplient et où la responsabilité des dirigeants est désormais directement engagée, ignorer la dimension cyber d’une acquisition n’est plus une option viable. Les investisseurs les plus avisés intègrent aujourd’hui une évaluation approfondie de la cyber sécurité dans leur processus décisionnel, au même titre que les audits financiers, juridiques ou opérationnels traditionnels.
Au-delà de la seule conformité réglementaire, la cyber-résilience s’impose progressivement comme un critère de valorisation et un levier de création de valeur post-acquisition. Les entreprises capables d’anticiper ces exigences, d’investir dans leur infrastructure de sécurité et de structurer une véritable culture cyber se positionnent plus favorablement pour attirer des capitaux et sécuriser leur trajectoire de croissance. Plusieurs analyses récentes publiées par GOWeeZ montrent d’ailleurs que la cyber sécurité devient un élément différenciant dans les discussions de valorisation et de gouvernance avec les fonds.
Dans ce nouveau paradigme, la due diligence cyber ne doit plus être perçue comme un coût additionnel, mais comme un investissement stratégique dans la pérennité et la performance des actifs. Cette logique dépasse le cadre du deal lui-même : elle implique également un effort durable de montée en compétences des organisations. C’est dans cette optique que GOWeeZ, accompagne DVID, dans ses prochaines étapes de sa croissance
DVID propose la formation et la structuration des équipes cyber, afin de transformer les exigences réglementaires en avantages opérationnels concrets.
À l’horizon 2026, les investisseurs qui auront intégré cette lecture disposeront d’un avantage concurrentiel décisif. Dans un marché où la cyber sécurité est devenue indissociable de la performance économique, la capacité à évaluer, structurer et faire grandir la cyber-résilience des entreprises financées s’impose comme l’un des marqueurs clés de l’investissement responsable.
A lire également :
Advisor et Consultant auprès des dirigeants d'entreprise - Fondateur de GOWeeZ !
La directive NIS2 n’a pas créé cette exigence, mais elle l’a rendue visible, structurée et difficilement contournable. Elle oblige chacun — dirigeants comme investisseurs — à regarder le risque cyber non plus comme un sujet technique, mais comme un enjeu de gouvernance, de confiance et de pérennité. Cet article a pour objectif de décrypter ce changement de posture du point de vue des investisseurs, et d’aider les entrepreneurs à comprendre ce qui se joue réellement derrière ces nouvelles exigences. Non pour inquiéter, mais pour donner des clés de lecture et montrer que la cyber sécurité peut aussi devenir un levier de crédibilité et de maturité dans un parcours de financement.
Fabrice Clément Tweet