Pendant longtemps, la cyber sécurité est restée un sujet secondaire dans les décisions d’investissement. Lors d’une levée de fonds, l’attention se portait avant tout sur la croissance, le marché ou
À retenir de cet article :
L’IA agentique repose sur la coordination des agents, pas leur puissance
Les architectures adversariales produisent de meilleurs résultats
Le code devient une commodité, l’organisation crée la valeur
Une opportunité stratégique majeure pour les entreprises et les investisseurs
Après le vibe coding, une nouvelle étape s’impose dans l’évolution du développement logiciel : l’IA agentique (AI Agency).
Il ne s’agit plus simplement d’utiliser une IA pour écrire du code, mais de concevoir des systèmes où plusieurs IA interagissent, chacune avec un rôle spécifique, pour produire un résultat complexe.
Concrètement, une IA agentique est un système dans lequel :
une IA analyse,
une autre exécute,
une troisième critique,
et une dernière arbitre.
Cette approche ouvre des perspectives radicalement nouvelles… mais elle a aussi révélé des échecs spectaculaires.
Les premières tentatives d’IA multi-agents ont souvent échoué pour une raison simple : on a laissé les agents s’auto-coordonner librement.
Un exemple emblématique est celui de Cursor, qui a tenté de demander à une IA de construire un navigateur web en orchestrant elle-même d’autres agents. Le résultat a été immédiat :
duplication des tâches,
agents travaillant en parallèle sur les mêmes problèmes,
absence de convergence,
et parfois des groupes entiers d’agents bloqués sans produire quoi que ce soit.
Le problème fondamental n’était ni la puissance des modèles ni la qualité des algorithmes, mais un défaut bien connu en informatique : l’absence de cadre organisationnel, exactement comme dans les systèmes distribués mal conçus.
Entre fin 2025 et début 2026, une idée clé s’est imposée :
pour qu’un système multi-agents fonctionne, les agents ne doivent pas être d’accord par défaut.
Les architectures efficaces reposent désormais sur des mécanismes adversariaux :
certains agents produisent,
d’autres attaquent le résultat,
d’autres encore cherchent activement les erreurs ou incohérences.
Cette adversité n’est pas un bug, mais une fonctionnalité.
L’agent “producteur” est volontairement mis sous pression, ce qui conduit à des résultats beaucoup plus robustes et fiables.
L’un des enseignements majeurs issus des travaux récents (notamment chez Cursor) est que la structure organisationnelle des agents est plus importante que leur intelligence individuelle.
Les architectures efficaces reposent généralement sur trois types d’agents.
Leur rôle est exclusivement analytique :
comprendre le projet global,
analyser le code existant,
découper le travail en micro-tâches clairement définies.
Ils ne génèrent pas de code.
Ils :
réalisent des tâches très précises,
avec des prompts simples,
sans vision globale du système.
Cette limitation volontaire améliore fortement la fiabilité.
Ils :
évaluent les résultats,
décident si la tâche est terminée,
ou s’il faut recommencer, corriger ou approfondir.
Cette architecture empêche les blocages et garantit une progression continue.
Un paradigme devenu emblématique de cette approche est celui dit Ralph Wiggum, popularisé par Geoffrey Huntley.
Le principe est volontairement brutal :
l’IA exécute une tâche,
on lui indique que le résultat est mauvais,
elle recommence,
le cycle est répété 20 à 40 fois.
Des mots-clés de sortie permettent d’arrêter lorsque l’amélioration devient marginale.
Cette méthode produit :
des résultats de très haute qualité,
avec des modèles plus petits,
au prix d’un plus grand nombre d’itérations.
C’est une transposition moderne de l’idée :
la qualité émerge de la répétition et de la critique, pas d’un premier jet “intelligent”.

Un point souvent mal compris concerne le coût énergétique de ces approches.
Contrairement aux idées reçues :
ce ne sont pas les tokens qui consomment le plus d’énergie,
mais la taille des modèles (leurs paramètres).
Les approches adversariales consomment davantage de tokens, mais :
utilisent des modèles plus petits,
nécessitent moins d’infrastructure lourde,
sont plus faciles à déployer à grande échelle.
C’est pour cette raison que la plupart des outils limitent volontairement le nombre de boucles (en général entre 25 et 30).
Une tendance émergente consiste à intégrer directement des boucles de rétroaction dans les modèles eux-mêmes :
la sortie est réanalysée,
réinjectée,
corrigée avant d’être finalisée.
Ces architectures récursives permettent d’améliorer la qualité sans multiplier la taille des modèles.
Les acteurs communiquent peu sur ces mécanismes, mais les indices s’accumulent.
Cette évolution a une conséquence stratégique majeure :
👉 des machines modestes peuvent désormais produire d’excellents résultats en IA.
Cela ouvre des perspectives inédites pour :
l’Afrique,
l’Inde,
et plus largement les régions disposant de peu d’infrastructures lourdes.
On se rapproche d’une logique 80/20 :
80 % de la performance avec 20 % des moyens.
C’est une avancée technologique, mais aussi sociale et géopolitique.
Le code est un cas d’usage privilégié pour l’IA agentique, car :
il respecte des spécifications claires,
il fonctionne ou ne fonctionne pas,
sa qualité est objectivement mesurable.
Contrairement aux contenus créatifs, le feedback est immédiat et binaire, ce qui facilite l’itération automatisée.
Mais ces méthodes ne resteront probablement pas cantonnées au code.
L’enseignement fondamental est clair :
ce n’est pas la puissance des modèles qui fait la différence, mais la manière dont ils sont organisés.
Des agents simples, avec des rôles clairs, des prompts courts et une adversité contrôlée, produisent de meilleurs résultats que des systèmes surdimensionnés et mal structurés.
C’est une excellente nouvelle :
pour les entreprises,
pour la sobriété énergétique,
pour l’avenir du développement logiciel.
L’IA agentique marque une rupture profonde dans le vibe coding.
Nous entrons dans une ère où :
l’intelligence est collective,
la qualité émerge du conflit contrôlé,
et la valeur se situe dans l’architecture, pas dans la force brute.
Le logiciel devient plus que jamais une question d’organisation, et non de puissance.
Les réflexions présentées dans cet article sont inspirées des points de vues discutés lors d’une conférence entre Idriss Aberkane, Ph.D, et Philippe Anel,
(src. Scanderia)
D’autres articles à lire :
Blitzscaling : la croissance à tout prix, entre mythe californien et réalité économique
Entrepreneur, Start-up, les erreurs financières à éviter en early stage
Advisor et Consultant auprès des dirigeants d'entreprise - Fondateur de GOWeeZ !
Cet article explore pourquoi l’IA agentique marque un tournant décisif du développement logiciel, comment le vibe coding révèle les limites des approches naïves, et pourquoi les architectures multi-agents bien organisées sont en train de devenir un avantage stratégique majeur — pour les entreprises, les startups et les investisseurs.
Fabrice Clément Tweet