Cloud, intelligence artificielle, cybersécurité, données : ces décisions façonnent désormais la compétitivité et la résilience des entreprises. Pourtant, dans de nombreux conseils d’administration, la technologie reste traitée comme un sujet
60–65 % : très technique, expert / 70–75 % : business spécialisé / 80–85 % : business accessible / 90 %+ : vulgarisation grand public
Les 7 points clés de l’article :
En 2026, la technologie n’est plus un sujet que l’on peut déléguer. Elle structure désormais les chaînes de valeur, conditionne la compétitivité et expose les entreprises à des risques systémiques. Pourtant, dans la plupart des conseils d’administration européens, elle reste traitée comme un enjeu opérationnel, géré par la DSI, rarement piloté au niveau stratégique.
Ce décalage n’est plus tenable. Les décisions relatives au cloud, à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité ou à la gestion des données engagent aujourd’hui la souveraineté opérationnelle des entreprises, leur exposition réglementaire et leur capacité à résister aux chocs géopolitiques. Les ignorer au niveau du conseil, c’est prendre le risque d’une vulnérabilité structurelle.

Les entreprises européennes dépendent massivement de fournisseurs technologiques qu’elles ne contrôlent pas. Selon une étude Asterès publiée en 2025, 80% des dépenses européennes en logiciels et services cloud sont réalisées auprès d’entreprises américaines, soit environ 264 milliards d’euros par an. Cette dépendance génère près de 2 millions d’emplois aux États-Unis.
Plus de 70% du marché européen du cloud est capté par trois acteurs : Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud. Au-delà du volume, c’est la nature même de cette dépendance qui pose problème : elle touche des infrastructures critiques, des processus métiers essentiels et des données sensibles.
Les lois américaines comme le Cloud Act ou le FISA confèrent aux autorités américaines un accès potentiel aux données hébergées par des entreprises soumises à leur juridiction, y compris lorsque ces données sont stockées en Europe. Ce n’est pas un scénario théorique : plusieurs cas de suspension de services ou de restrictions d’accès imposées par des décisions politiques ont déjà été documentés.
La résolution du Parlement européen du 22 janvier 2026 sur la souveraineté technologique tire la sonnette d’alarme : plus de 80% des services numériques utilisés dans l’Union européenne proviennent d’acteurs extra-européens. Dans un contexte de tensions commerciales accrues, cette situation place l’Europe en position de faiblesse structurelle.
L’environnement réglementaire européen s’est durci. La directive NIS2, entrée en vigueur en octobre 2024, impose aux entreprises de secteurs critiques une gestion rigoureuse des risques liés à leurs fournisseurs technologiques. L’AI Act encadre le développement et le déploiement de systèmes d’IA à haut risque. Le Data Act redéfinit les règles de portabilité et d’interopérabilité des données.
Ces textes ne sont pas de simples contraintes de conformité. Ils redéfinissent les responsabilités des dirigeants et des conseils d’administration en matière de gouvernance technologique. Ne pas cartographier ses dépendances critiques, ne pas évaluer l’exposition réglementaire ou ignorer les risques de rupture d’approvisionnement technologique constituent désormais des manquements potentiels aux devoirs fiduciaires.
La troisième édition du Baromètre de la Confiance VivaTech, réalisé par OpinionWay auprès de dirigeants de sept pays, livre un constat paradoxal. D’un côté, 89% des dirigeants affichent une confiance élevée dans les technologies, avec un score en progression par rapport à 2025. De l’autre, 40% reconnaissent avoir déjà partagé des informations confidentielles avec un outil d’IA en lequel ils n’avaient pas totalement confiance.
Ce paradoxe est révélateur. La confiance affichée masque une méconnaissance des enjeux réels. 92% des dirigeants privilégient un partenaire technologique de même nationalité, mais cette préférence ne se traduit pas nécessairement par des décisions d’approvisionnement alignées. 63% se disent préoccupés par la perte de souveraineté, mais combien ont cartographié leurs dépendances critiques ?
Le baromètre montre également que 88% des dirigeants estiment que le rôle des technologies dans leur compétitivité s’est renforcé. Pourtant, les investissements restent concentrés sur l’IA (87% prévoient d’augmenter leurs budgets) et la cybersécurité (77%), sans toujours intégrer une analyse stratégique des dépendances sous-jacentes.
| Indicateur | Score 2026 | Évolution |
|---|---|---|
| Confiance dans la tech | 89/100 | +2 points |
| Dirigeants ayant partagé des données sensibles avec une IA non fiable | 40% | Nouveau |
| Préférence pour un fournisseur de même nationalité | 92% | Stable |
| Préoccupation sur la souveraineté | 63% | En hausse |
| 📊 80% des dépenses cloud réalisées auprès d’acteurs américains – Dépendance technologique européenne | ||
La DSI gère l’infrastructure, les applications, les projets. Mais elle n’a ni le mandat ni la légitimité pour arbitrer des choix stratégiques qui engagent la résilience de l’entreprise. Choisir un fournisseur cloud, définir une politique d’usage de l’IA ou décider d’une stratégie de sortie en cas de rupture contractuelle ne sont pas des sujets techniques. Ce sont des décisions de gouvernance.
Déléguer ces arbitrages à la DSI revient à externaliser le risque stratégique. Lorsqu’une dépendance critique se matérialise, c’est le conseil qui en assume la responsabilité, pas le directeur des systèmes d’information.
Être conforme à NIS2, au RGPD ou à l’AI Act ne signifie pas maîtriser ses risques technologiques. La conformité est un prérequis, pas une stratégie. Une entreprise peut cocher toutes les cases réglementaires tout en restant structurellement dépendante d’un écosystème technologique qu’elle ne contrôle pas.
La conformité répond à la question : « Respectons-nous les règles ? » La gouvernance technologique répond à une autre question : « Pouvons-nous continuer à opérer si un fournisseur critique change ses conditions, augmente ses prix ou suspend ses services ? »
Combien de conseils d’administration peuvent répondre précisément à ces questions :
« La gouvernance de l’IA est devenue un aspect prioritaire des responsabilités des conseils d’administration »
— Deloitte Canada
Un conseil ne peut pas piloter ce qu’il ne voit pas. La première étape consiste à établir une cartographie précise des dépendances technologiques : infrastructures cloud, applications SaaS, fournisseurs de sécurité, prestataires d’infogérance, solutions d’IA.
Cette cartographie doit identifier :
Tous les fournisseurs ne présentent pas le même niveau de criticité. Un conseil doit être en mesure de distinguer :
NIS2, AI Act, Data Act, RGPD : l’empilement réglementaire impose aux conseils d’administration une vigilance accrue. Les obligations de reporting, de documentation et de traçabilité ne peuvent plus être traitées comme des sujets de conformité déléguée.
Un conseil doit s’assurer que :
La résilience ne se décrète pas, elle se construit. Un conseil doit piloter l’élaboration d’une stratégie de résilience qui intègre :
| Niveau de dépendance opérationnelle | Exemples de fournisseurs | Impact en cas de défaillance | Actions de gouvernance prioritaires |
|---|---|---|---|
| Essentiel | Cloud principal, ERP, système de paiement | Arrêt total ou quasi-total de l’activité | Plan de sortie documenté, alternatives identifiées, supervision au niveau du conseil |
| Critique | Solutions de cybersécurité, plateformes collaboratives | Forte dégradation de l’activité, risques accrus | Clauses de réversibilité, tests réguliers de continuité |
| Important | Outils métiers secondaires, services non critiques | Impact limité et temporaire | Suivi contractuel standard |
📊 87% des dirigeants augmentent leurs budgets IA – Investissements technologiques prioritaires en 2026
Non. Toute entreprise dépendante de services cloud, de solutions SaaS ou d’infrastructures critiques est concernée. La taille de l’organisation n’est pas le critère déterminant. Ce qui compte, c’est le niveau de dépendance et l’impact potentiel d’une rupture.
En traduisant les risques technologiques en impacts business : perte de chiffre d’affaires, exposition réglementaire, atteinte à la réputation, impossibilité d’opérer. Un conseil comprend le langage du risque et de la performance. La cartographie des dépendances doit être présentée comme un outil de pilotage stratégique, pas comme un rapport technique.
Non. L’objectif n’est pas l’exclusion, mais la maîtrise. Une entreprise peut continuer à travailler avec des hyperscalers américains à condition de comprendre son exposition, de cartographier ses alternatives et de négocier des clauses contractuelles protectrices. La gouvernance technologique, ce n’est pas l’autarcie, c’est la lucidité.
Le DSI reste un acteur clé, mais son rôle évolue. Il n’est plus seulement un exécutant technique, il devient un conseiller stratégique du conseil. Il doit être en mesure de présenter une vision claire des dépendances, des risques et des options. Mais les arbitrages finaux relèvent du conseil d’administration.
📊 80% des dépenses cloud européennes captées par des acteurs américains (Asterès, 2025)
💼 2 millions d’emplois générés aux États-Unis par les achats technologiques européens (Asterès, 2025)
🔒 63% des dirigeants préoccupés par la perte de souveraineté technologique (Baromètre VivaTech 2026)
⚠️ 40% des dirigeants ont partagé des données confidentielles avec une IA non fiable (Baromètre VivaTech 2026)
La gouvernance technologique n’est plus un sujet facultatif. Elle devient un devoir fiduciaire des dirigeants et des administrateurs. Ignorer les dépendances critiques, ne pas cartographier les risques technologiques ou déléguer aveuglément les arbitrages stratégiques expose les entreprises à des vulnérabilités systémiques.
Les conseils d’administration européens doivent sortir de l’angle mort. Cela suppose de poser les bonnes questions, d’exiger une cartographie précise des dépendances, de piloter l’exposition réglementaire et de construire une stratégie de résilience documentée et testée.
Les dirigeants doivent décider maintenant :
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Advisor et Consultant auprès des dirigeants d'entreprise - Fondateur de GOWeeZ !
Cloud, intelligence artificielle, cybersécurité, données : ces décisions façonnent désormais la compétitivité et la résilience des entreprises. Pourtant, dans de nombreux conseils d’administration, la technologie reste traitée comme un sujet opérationnel, largement délégué à la DSI. Cette approche n’est plus tenable. À l’ère de NIS2, de l’extraterritorialité du droit et des dépendances numériques critiques, la gouvernance technologique est devenue un véritable devoir fiduciaire pour les dirigeants et les administrateurs. Ce que l’on observe aujourd’hui, ce n’est pas une crise technologique, mais une crise de responsabilité. Les outils ont évolué plus vite que les instances chargées de les gouverner.
Fabrice Clément Tweet