La compétitivité technologique européenne n’est plus un sujet d’innovation, c’est une question de souveraineté

La compétitivité technologique européenne n'est plus un sujet d'innovation, c'est une question de souveraineté
Score de lisibilité business 88%

60–65 % : très technique, expert / 70–75 % : business spécialisé / 80–85 % : business accessible / 90 %+ : vulgarisation grand public

 

La compétitivité technologique européenne n’est plus un sujet d’innovation, c’est une question de souveraineté

 

Les 7 points clés à garder en tête : 

  • Paradoxe européen : 89% des dirigeants font confiance aux technologies mais 63% craignent la perte de souveraineté.
  • Nouveau paradigme : La compétitivité technologique est devenue une question de souveraineté stratégique, plus seulement d’innovation.
  • Dépendance critique : L’Europe dépend massivement des infrastructures cloud américaines et asiatiques, menaçant son autonomie.
  • Retard en IA : Les géants américains et chinois dominent l’intelligence artificielle tandis que l’Europe accumule du retard.
  • Régulation insuffisante : L’approche réglementaire européenne (RGPD, AI Act) ne compense pas l’absence de champions technologiques.
  • Besoin d’investissements : Des investissements massifs dans les infrastructures numériques souveraines sont indispensables.
  • Urgence d’agir : Sans action coordonnée rapide, l’Europe risque de devenir un simple marché consommateur sans pouvoir décisionnel.

 


Le Baromètre VivaTech 2026 révèle un paradoxe qui devrait inquiéter tous les décideurs : 89 % des dirigeants européens font confiance aux nouvelles technologies, mais 63 % redoutent la perte de souveraineté qu’elles entraînent. Cette tension n’est pas anecdotique. Elle révèle que la compétitivité technologique a changé de nature. Ce n’est plus un sujet de DSI ou d’innovation. C’est devenu une question de gouvernance, de financement et de survie économique.


 
Dirigeants européens en réunion stratégique analysant des données sur écrans, salle de conseil moderne avec vue urbaine
 

 

Le réveil brutal : quand la dépendance devient vulnérabilité

 
Les chiffres du Baromètre VivaTech 2026 dessinent une géographie fracturée de la confiance technologique. Aux États-Unis, 92 % des dirigeants considèrent leurs entreprises compétitives à l’échelle internationale. En Europe, ce chiffre atteint 81 % en France et en Espagne, 75 % en Italie, 79 % en Allemagne. Une progression notable par rapport à 2024, certes. Mais cette confiance repose sur une infrastructure dont l’Europe ne contrôle pas les fondations.
 
L’Union européenne dépend de pays tiers pour plus de 80 % de ses produits, services et infrastructures numériques. Cette dépendance n’est pas qu’un chiffre. Elle signifie que la continuité de l’économie européenne repose sur des chaînes de valeur qu’elle ne maîtrise pas. Le cloud, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les données : autant de briques essentielles dont les règles du jeu sont écrites ailleurs.
 
La France a lancé en janvier 2026 son Observatoire de la souveraineté numérique pour cartographier ces dépendances. Le constat est sans appel : 265 milliards d’euros de dépenses numériques européennes profitent aux géants américains, soit une dépendance évaluée à 80 %. Dans un monde où les tensions géopolitiques se durcissent, cette asymétrie n’est plus tenable.


 

La fin de l’illusion : la technologie n’est pas neutre

 

Pendant des années, les entreprises européennes ont considéré la technologie comme un bien universel, accessible et neutre. Cette époque est révolue. Le Baromètre VivaTech 2026 révèle que 92 % des dirigeants privilégient désormais un partenaire technologique de même nationalité. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, 57 % en font un critère non négociable. En Europe continentale, la nationalité est perçue comme un « plus » – sauf aux Pays-Bas où l’exigence est équivalente.
 
Cette divergence n’est pas anecdotique. Elle révèle deux visions de la souveraineté : l’une « de facto » pour les Anglo-Saxons qui contrôlent déjà l’infrastructure, l’autre « contrariée » pour les Européens qui en dépendent. Quand un dirigeant français choisit un fournisseur cloud américain, ce n’est pas par préférence idéologique. C’est parce qu’il n’a pas d’alternative crédible offrant la même échelle, la même maturité, les mêmes garanties de continuité.


 

Critère de choix technologique États-Unis Royaume-Uni France Allemagne
Nationalité du fournisseur « indispensable » 57% 57% Minoritaire Minoritaire
Confiance dans la compétitivité nationale 92% 90% 81% 79%
Préoccupation perte de souveraineté 63% 63%
         

 

Ce que révèle vraiment le Baromètre VivaTech 2026

 

 
Au-delà des pourcentages, le Baromètre VivaTech 2026 documente une accélération européenne. L’intelligence artificielle et la cybersécurité concentrent les investissements : 87 % des dirigeants prévoient d’augmenter leurs budgets IA (dont 53 % fortement), 77 % en cybersécurité (dont 42 % fortement). En France, ces chiffres atteignent respectivement 82 % et 74 %.
 
Ces investissements ne sont pas motivés par l’opportunité, mais par la nécessité. Les entreprises ne cherchent plus à « innover » avec l’IA. Elles cherchent à ne pas être distancées. Elles ne renforcent pas leur cybersécurité par précaution. Elles le font parce que 49 % des responsables IT considèrent les menaces cyber comme le principal élément perturbateur en 2026, devant la réglementation de l’IA (22 %) et la pénurie de talents (10 %).
 
Mais ces investissements révèlent aussi un paradoxe inquiétant : 89 % des dirigeants font confiance à l’IA pour guider leurs décisions, mais 40 % avouent avoir partagé des données confidentielles avec des outils dont ils ne maîtrisaient pas totalement la fiabilité. Cette contradiction illustre la situation européenne : dépendre de technologies qu’on ne contrôle pas, tout en sachant que cette dépendance constitue un risque.
 

 

Compétitivité technologique = décision de gouvernance

 

La vraie rupture est là : la compétitivité technologique n’est plus un sujet opérationnel. C’est une question de gouvernance au sens le plus politique du terme. Elle ne se résout pas en augmentant les budgets IT. Elle exige des décisions stratégiques au niveau des boards, des investisseurs, des États.
 
Le rapport Draghi de 2025 l’a documenté : les États-Unis investissent entre 60 et 70 milliards de dollars par an dans l’IA, contre 7 à 8 milliards pour l’Union européenne. Sur la dernière décennie, les investissements privés américains dans l’IA ont dépassé 400 milliards de dollars, contre 50 milliards pour l’ensemble des pays européens. En 2025, les États-Unis ont capturé 79 % du financement mondial de l’IA, soit 59 milliards de dollars.
 
Ces écarts ne sont pas conjoncturels. Ils sont structurels. Ils révèlent que la compétitivité technologique ne se joue pas dans les laboratoires de R&D, mais dans les décisions d’allocation de capital, dans les choix de partenaires stratégiques, dans la capacité à construire des écosystèmes industriels complets.
 
📊 79% (59 milliards $) – Part du financement mondial de l’IA captée par les États-Unis en 2025
 

 

Les conséquences concrètes pour les entreprises

 


Pour les dirigeants, les investisseurs et les boards, cette nouvelle donne impose trois ruptures :
  Première rupture : l’allocation des capitaux. Investir dans la technologie n’est plus une ligne budgétaire. C’est un arbitrage stratégique entre dépendance et autonomie. Choisir un fournisseur cloud américain, c’est accepter une dépendance réglementaire extraterritoriale. Choisir un fournisseur européen, c’est parfois accepter un retard de maturité. Il n’y a pas de bonne réponse universelle. Il y a des choix à assumer, avec leurs conséquences.
  Deuxième rupture : les partenaires technologiques. Le Baromètre VivaTech 2026 révèle que 63 % des dirigeants européens privilégient les solutions européennes, contre 51 % pour les Américains qui préfèrent les solutions nord-américaines. Cette préférence n’est pas protectionniste. Elle est pragmatique. Elle reconnaît que la technologie n’est jamais neutre, qu’elle embarque des règles, des juridictions, des risques géopolitiques.
  Troisième rupture : la gouvernance elle-même. La compétitivité technologique ne peut plus être déléguée aux DSI. Elle exige une implication directe des boards, une compréhension des enjeux par les investisseurs, une coordination entre les États membres. Les décisions technologiques sont devenues des décisions de souveraineté économique.


 

Enjeu stratégique Impact sur la gouvernance Horizon de décision
Choix cloud Dépendance réglementaire, coûts futurs, résilience Immédiat
Investissements IA Compétitivité métier, conformité AI Act, risques éthiques 12-24 mois
Cybersécurité Continuité d’activité, conformité NIS2, assurabilité Continu
Chaînes d’approvisionnement tech Résilience opérationnelle, coûts, autonomie stratégique 3-5 ans
     

 

« Ce baromètre 2026 dessine une nouvelle géographie de la confiance technologique : des dirigeants américains et britanniques qui jugent indispensable la nationalité de leur fournisseur tech et une majorité des Européens qui la considère comme un « plus ». Cette divergence n’est pas anecdotique, elle révèle deux visions de la souveraineté »
— François Bitouzet, CEO VivaTech
 

 

Ce que les dirigeants doivent décider maintenant

 
L’inaction n’est plus une option. Elle est devenue un risque stratégique mesurable. Les entreprises qui ne maîtrisent pas leurs dépendances technologiques s’exposent à trois vulnérabilités concrètes :
  Vulnérabilité réglementaire. L’Union européenne durcit ses exigences. NIS2, Cyber Resilience Act, AI Act, Data Act : ces réglementations ne sont pas des contraintes administratives. Elles redéfinissent les responsabilités des dirigeants et des boards. Les entreprises qui dépendent de fournisseurs non conformes devront changer de partenaires ou assumer des risques juridiques croissants.
  Vulnérabilité économique. Dans un contexte de tensions commerciales, les entreprises dépendantes de fournisseurs extra-européens s’exposent à des hausses de prix, des changements de conditions contractuelles, des restrictions d’accès. Cette vulnérabilité n’est pas théorique. Elle s’est matérialisée dans les semi-conducteurs, elle se matérialise dans le cloud, elle se matérialisera dans l’IA.
  Vulnérabilité concurrentielle. Les entreprises qui maîtrisent leur infrastructure technologique disposent d’un avantage compétitif durable. Elles contrôlent leurs coûts, leurs données, leur capacité d’innovation. Celles qui en dépendent subissent les choix d’autrui. Cette asymétrie se creusera dans les années qui viennent.
 
📊 Plus de 80% – Dépendance de l’Europe aux produits et services numériques de pays tiers
 

 

Questions Fréquentes (FAQ)

 

Pourquoi la compétitivité technologique est-elle devenue un enjeu de souveraineté ?

 
Parce que la technologie n’est plus un bien neutre et universel. Elle embarque des règles juridiques, des dépendances géopolitiques, des risques de rupture d’approvisionnement. Dans un monde fragmenté, maîtriser sa technologie, c’est maîtriser sa capacité de décision et sa résilience économique.
 

Que signifie concrètement « dépendre à 80 % de pays tiers » pour les entreprises européennes ?

 
Cela signifie que 80 % des logiciels, services cloud, infrastructures et propriétés intellectuelles utilisés par les entreprises européennes proviennent d’acteurs non européens, principalement américains. Cette dépendance se traduit par une vulnérabilité réglementaire (lois extraterritoriales), économique (hausses de prix) et stratégique (perte de contrôle sur les données et les décisions).
 

Les investissements européens en IA et cybersécurité sont-ils suffisants ?

 
Non. Le Baromètre VivaTech 2026 montre une accélération (87 % des dirigeants augmentent leurs investissements IA, 77 % en cybersécurité), mais l’écart avec les États-Unis reste massif : 60-70 milliards de dollars par an contre 7-8 milliards pour l’UE. Sans changement d’échelle, l’Europe restera dépendante.
 

Quel rôle doivent jouer les boards et les investisseurs ?

 
Ils doivent traiter la compétitivité technologique comme un enjeu de gouvernance stratégique, au même titre que la stratégie financière ou les risques réglementaires. Cela implique de comprendre les dépendances technologiques de l’entreprise, d’évaluer les risques géopolitiques, d’arbitrer entre autonomie et performance, et d’assumer ces choix.
 

L’Europe peut-elle rattraper son retard technologique ?

 
Oui, mais à condition de changer d’échelle et de méthode. L’Europe dispose d’atouts : un marché intégré de 450 millions de consommateurs, une excellence scientifique, un cadre réglementaire qui peut devenir un avantage compétitif. Mais elle doit mobiliser des investissements publics et privés massifs, construire des champions européens, et accepter de prendre des risques industriels.


 

Chiffres Clés

 
📊 89/100 : Score de confiance des dirigeants dans les nouvelles technologies en 2026 (Source : Baromètre VivaTech 2026)
 
💰 265 milliards € : Dépenses numériques européennes captées par les géants américains (Source : Cigref, 2026)
 
🌍 79% : Part du financement mondial de l’IA captée par les États-Unis en 2025 (Source : VivaTech 2026)
 
🔒 63% : Part des dirigeants européens préoccupés par la perte de souveraineté technologique (Source : Baromètre VivaTech 2026)


 

Conclusion : l’autonomie stratégique se décide maintenant

 

 
Carte de l'Europe illuminée par des connexions de réseau numérique, symbolisant l'infrastructure technologique et la souveraineté numérique
 

Le Baromètre VivaTech 2026 documente une prise de conscience. Les dirigeants européens comprennent que la compétitivité technologique n’est plus un sujet d’innovation, mais une question de souveraineté économique. Ils investissent massivement dans l’IA et la cybersécurité. Ils privilégient de plus en plus les fournisseurs européens. Mais cette prise de conscience ne suffit pas.
 
L’Europe est à un point de bascule. Soit elle change d’échelle dans ses investissements, construit des champions industriels, assume des choix de souveraineté quitte à accepter temporairement des compromis de performance. Soit elle continuera de dépendre d’infrastructures qu’elle ne contrôle pas, dans un monde où cette dépendance devient chaque jour plus coûteuse et plus risquée.
 
Pour les dirigeants, les investisseurs et les boards, le message est clair : la compétitivité technologique est devenue un enjeu de gouvernance stratégique. Les décisions prises aujourd’hui sur les partenaires cloud, les investissements IA, les chaînes d’approvisionnement technologiques détermineront la résilience et la compétitivité des entreprises pour la décennie qui vient. L’inaction n’est plus neutre. Elle est devenue un risque stratégique.

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Advisor et Consultant auprès des dirigeants d'entreprise - Fondateur de GOWeeZ !

Le Baromètre VivaTech 2026 révèle un paradoxe inquiétant : alors que 89% des dirigeants européens font confiance aux nouvelles technologies, 63% redoutent la perte de souveraineté qu'elles entraînent. La compétitivité technologique n'est plus une simple question d'innovation, mais un enjeu de souveraineté stratégique. Face à la domination des géants américains et chinois dans le cloud et l'IA, l'Europe doit urgemment investir massivement dans ses infrastructures numériques souveraines. Sans action coordonnée rapide, le continent risque de devenir un simple marché consommateur, privé de son autonomie décisionnelle. Ce que révèle ce baromètre, ce n’est pas un retard technologique. C’est une incapacité collective à assumer des choix industriels risqués sur le long terme. L’Europe ne souffre pas d’un déficit d’idées, mais d’un déficit d’acceptation du risque stratégique.

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Le Baromètre VivaTech 2026 révèle un paradoxe inquiétant : alors que 89% des dirigeants européens font confiance aux nouvelles technologies, 63% redoutent la perte de souveraineté qu'elles entraînent. La compétitivité
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